Chemins de foi← Retour aux textes
Série · 10/12

Les nuits des sens et de l’esprit

Cet article poursuit la voie purgative dans ce qu’elle a de plus exigeant : les nuits décrites par saint Jean de la Croix, qui dépouillent d’abord les satisfactions sensibles, puis les appuis les plus intimes de l’intelligence et de la volonté.

18 mai 20263 min de lecture
Illustration de l’article « Les nuits des sens et de l’esprit »

1. La nuit des sens Saint Jean de la Croix distingue une nuit active des sens, correspondant aux renoncements librement consentis, et une nuit passive des sens, dans laquelle Dieu détache progressivement l'âme de sa dépendance aux satisfactions sensibles et aux consolations spirituelles.

La sécheresse est un signe possible de cette purification, mais elle ne suffit pas à l'identifier. Une absence de goût dans la prière peut provenir de la fatigue, d'une souffrance psychique, d'un trouble de santé, d'une négligence, d'une crise ordinaire ou de conditions extérieures difficiles. Le discernement demande du temps, de l'honnêteté et souvent l'aide d'un accompagnateur compétent.

Saint Jean propose plusieurs signes convergents : l'impossibilité durable de méditer comme auparavant, l'absence de satisfaction dans les choses créées et, malgré l'obscurité, le désir persistant de demeurer tourné vers Dieu. Aucun de ces signes ne doit être isolé des autres. (Nuit obscure, I, 9.)

Lorsque la sécheresse relève d'une purification divine, Dieu ne retire pas son amour. Il retire certains appuis afin que la foi devienne moins dépendante du ressenti. La prière passe progressivement du besoin de produire des pensées et des émotions à une présence plus simple, pauvre et attentive.

2. La nuit de l'esprit La nuit de l'esprit atteint les appuis les plus profonds de la vie spirituelle : la manière de comprendre Dieu, de se représenter son action et de sentir que l'on aime. Saint Jean décrit une purification active de l'esprit dans la Montée du mont Carmel et une purification passive, plus radicale, dans la Nuit obscure.

L'intelligence ne peut plus s'appuyer sur ses lumières habituelles ; la mémoire ne trouve plus de sécurité dans les expériences passées ; la volonté ne perçoit plus avec évidence la douceur de son amour. La personne peut avoir l'impression de perdre Dieu alors qu'elle perd surtout la manière trop étroite dont elle le possédait intérieurement.

La foi, l'espérance et la charité deviennent alors les appuis proprement proportionnés à l'union : la foi au-delà de la vision claire, l'espérance au-delà des sécurités possédées, la charité au-delà de la consolation ressentie. Cette nuit n'est ni une méthode à rechercher ni un titre spirituel à s'attribuer. Elle demeure une grâce éprouvante qui demande discernement, fidélité et accompagnement.

3. Deux profondeurs, un même amour La distinction des deux nuits correspond analogiquement à deux profondeurs de la personne — la nuit des sens purifiant surtout la dépendance aux satisfactions sensibles, y compris religieuses, et la nuit de l'esprit purifiant la manière dont l'intelligence, la mémoire et la volonté s'approprient leurs lumières spirituelles. La correspondance reste, comme indiqué plus haut, analogique et non systématique : les nuits comportent à la fois purification, illumination cachée et préparation à l'union. L'obscurité n'est féconde que parce qu'un amour plus profond y travaille.

Pour discerner Avant de donner un sens spirituel à ma sécheresse, ai-je considéré la fatigue, la santé et les causes psychologiques ou relationnelles ? Malgré l'absence de consolation, demeure-t-il en moi un désir humble et persistant de Dieu ? Cette situation demande-t-elle l'aide d'un accompagnateur spirituel ou d'un professionnel compétent ?