Le Christ, chemin et accomplissement
Ce dernier article de la première partie referme la traversée des puissances de l’âme sur leur véritable source : la configuration au Christ mort et ressuscité, commencée au baptême et nourrie par l’Eucharistie.

1. La transformation reçoit sa forme du Christ La transformation spirituelle ne consiste pas seulement à harmoniser les facultés humaines ou à atteindre une forme supérieure de maîtrise intérieure. Dans la foi chrétienne, elle est une configuration au Christ mort et ressuscité. L'homme ne monte pas vers un Dieu indéterminé par le seul déploiement de ses puissances ; il est rejoint par le Fils, introduit par lui dans la communion du Père et rendu vivant dans l'Esprit.
« Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. » — Jn 14, 6, traduction liturgique AELF
Le Christ conduit au Père, éclaire l'intelligence et guérit la personne. La transformation des puissances reçoit ainsi une forme pascale : mort de ce qui enferme, consentement à être relevé et apprentissage d'une existence donnée.
2. Une transformation commencée au baptême Cette configuration ne repose pas d'abord sur une expérience mystique exceptionnelle. Elle commence sacramentellement au baptême. Saint Paul enseigne que ceux qui sont baptisés sont unis à la mort du Christ afin de mener avec lui une vie nouvelle. Le baptême n'est donc pas seulement le point de départ extérieur de la vie chrétienne : il en est le principe intérieur, appelé à se déployer dans toutes les puissances de la personne. (Rm 6, 3-4 ; Catéchisme de l'Église catholique, no 1213.)
Les puissances végétatives sont reçues dans la gratitude et la sobriété ; les sens apprennent le regard du Christ ; les appétits et les passions sont ordonnés à son amour ; la locomotion rend le corps disponible au service ; l'intelligence reçoit sa vérité et la volonté apprend son obéissance filiale. La vie spirituelle ne consiste pas à inventer une identité plus parfaite, mais à laisser mûrir l'identité reçue : être fils ou fille dans le Fils.
3. L'Eucharistie et le Corps ecclésial L'Eucharistie nourrit cette transformation en unissant au Christ et en unifiant ceux qui communient. Saint Paul lie ces deux dimensions : la coupe et le pain sont communion au sang et au corps du Christ ; parce qu'il y a un seul pain, la multitude devient un seul corps. (1 Co 10, 16-17 ; Catéchisme de l'Église catholique, nos 1324 et 1391.)
L'union à Dieu ne peut donc être pensée comme une aventure strictement privée. Elle introduit plus profondément dans le Corps du Christ, dans la prière de l'Église et dans la responsabilité envers les autres. Toute contemplation authentiquement chrétienne porte un fruit ecclésial : elle apprend à recevoir, à pardonner, à servir et à porter avec d'autres la mission confiée.
4. L'Esprit configure au Fils L'Esprit Saint ne détourne pas du Christ : il forme le Christ dans la personne. Il rappelle sa parole, rend participant de son amour filial et conduit la liberté vers la vérité entière. La vie dans l'Esprit est donc christiforme. Elle ne recherche pas une puissance spirituelle autonome ; elle laisse les sentiments, les jugements et les actes être progressivement accordés à ceux du Christ.
Ainsi compris, l'accomplissement du chemin n'est pas la perfection admirée de l'âme, mais la transparence croissante d'une vie configurée à Jésus : recevoir du Père, aimer dans l'Esprit et se donner pour le prochain.
Seigneur Jésus, chemin, vérité et vie, forme en moi ce que je ne peux forger seul : que ma pensée, mon désir et mon geste deviennent peu à peu transparents à ton amour.