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Série · 4/12

De l’intention au geste : la puissance locomotrice

Comment un mouvement intérieur devient-il un geste concret dans le monde ? Cet article explore la puissance souvent oubliée qui traduit l’intention en action, à travers l’exemple du bon Samaritain.

25 mai 20263 min de lecture
Illustration de l’article « De l’intention au geste : la puissance locomotrice »

1. Une puissance distincte La puissance locomotrice est souvent oubliée parce qu'elle paraît purement corporelle. Saint Thomas la distingue pourtant comme un genre propre : elle permet au vivant de se déplacer vers le terme recherché ou de s'en éloigner. Le sens et l'intelligence présentent un objet ; l'appétit incline vers une fin ; la locomotion rend possible l'exécution extérieure du mouvement. (De Anima, III, 9-11 ; Somme théologique, I, q. 78, a. 1.)

Cette puissance ne constitue pas un degré de vie supérieur à la sensibilité. Certains animaux sentent et désirent sans pouvoir se déplacer, tandis que les animaux plus complexes doivent chercher à distance ce qui est nécessaire à leur vie. Chez l'homme, la locomotion est intégrée à une action qui peut être éclairée par la raison et commandée par la volonté.

2. Commander et exécuter Il faut distinguer le principe qui commande le mouvement et les capacités corporelles qui l'exécutent. L'appétit donne l'impulsion vers la fin ; les organes et les membres accomplissent le déplacement ou le geste. Une personne peut donc vouloir sincèrement un acte que la fatigue, la maladie, un handicap ou une contrainte extérieure l'empêche d'exécuter. La limite corporelle ne prouve pas l'absence de volonté, pas plus qu'un mouvement réflexe ne manifeste à lui seul un choix moral.

Cette distinction protège la dignité de l'action humaine. La responsabilité dépend du consentement, de la connaissance et de la liberté réellement disponibles ; elle ne se mesure pas seulement à l'efficacité visible. Elle rappelle aussi que la volonté a besoin d'un corps capable, d'habitudes acquises, d'outils et souvent de l'aide d'autrui pour inscrire le bien dans le monde. (Somme théologique, I-II, q. 6-7 et q. 17.)

3. La chaîne concrète de l'action Une action humaine complète fait coopérer plusieurs puissances : percevoir une situation → en saisir la signification → éprouver une attraction ou une répugnance → délibérer → choisir → commander → exécuter. Cette succession est pédagogique plutôt que toujours chronologique : dans l'expérience réelle, les opérations se chevauchent, les habitudes accélèrent le passage à l'acte et les passions modifient l'attention.

La prudence intervient précisément dans cette unité. Elle ne se contente pas d'énoncer un principe général ; elle discerne ce qu'il convient de faire ici et maintenant, puis conduit jusqu'au geste approprié. Une bonne intention qui ne cherche jamais les moyens de devenir action demeure inachevée ; une action efficace privée de jugement peut manquer sa véritable fin.

4. Une spiritualité du geste La puissance locomotrice rappelle que la charité cherche à prendre corps. Se lever pour servir, retenir un geste violent, visiter une personne isolée, accomplir fidèlement une tâche ou adopter une posture respectueuse dans la prière sont des actes corporels où une orientation intérieure devient visible.

Les habitudes jouent ici un rôle décisif. La répétition d'actes justes dispose progressivement le corps et les puissances à agir avec plus de promptitude et de joie. La discipline chrétienne rend ainsi le geste disponible à la vérité reconnue et au bien aimé.

La parabole du bon Samaritain en offre une image concrète (Lc 10, 30-37). Il voit l'homme blessé, se laisse toucher, s'approche, soigne ses plaies, le transporte et organise la suite de son accueil. Le récit ne propose pas une analyse des facultés ; il montre cependant comment l'attention, la compassion, le jugement et le mouvement corporel peuvent concourir à un même acte de charité.

Pour discerner Entre le bien que je reconnais et celui que j'accomplis, quel obstacle concret demeure ? Ai-je confondu une limite corporelle réelle avec un manque de générosité ou de foi ? Quel geste simple peut aujourd'hui donner corps à une intention de charité ?